• Julie FRIOT

CrossFit Under

Je ne me souviens plus vraiment quand et comment tout ça a commencé.


Comme tout le monde, je les ai vu fleurir tous ces nouveaux joggeurs au printemps.


Comme tout le monde, je les ai entendu ces nouveaux adeptes du coaching sportif sur Youtube, se vanter de leur nouvelle hygiène de vie.


Comme tout le monde, j’ai détesté ces personnes capables de mettre à profit ce temps suspendu pour enchaîner détox, méditation et yoga… (Ah non, vous ne les détestez pas ? C’est que moi ?)


Mais j’ai longtemps cru être restée indifférente. Impassible. Inaltérable.


J’avais su rester moi-même. J’en étais fière.


Non vraiment, je ne me souviens plus à quel moment le doute a commencé à s’insinuer.


Est-ce lors de notre premier coup de fourchette dans notre alléchant risotto poulet-crème-champignons ; les fajitas de la veille à peine digérées et le gratin dauphinois du lendemain déjà au four ?


Ou quand nous nous sommes demandés depuis quand nous n’étions pas sorti de l’appartement, sans parvenir à trouver la réponse ?


Je ne sais pas.


Mais voilà, hier, sans crier gare, alors que nous avions traversé sans encombre le premier puis le deuxième confinement et que nous savourions un repos bien mérité en attendant le troisième, nous avons cédé.


Juste après ma sieste et le goûter fajitas au chili con carne et comté fondu de David.


C’est le moment où tout a basculé.


Nous avons décidé de faire une séance de cardio-training à la maison.


Oui, vous avez bien lu.


Nous, les apôtres de la glande en pyjama. Nous, les chantres de la « slow life ». Nous avons bougé nos corps pour autre chose qu’échapper à un danger immédiat ou rattraper un bus.


Plein d’espoir sur le fait que nos proches ne nous reconnaîtraient pas à Noël tellement nous serions affutés, nous avons lancé la vidéo du coaching en question.


Pendant la première série d’exercices, nous avons amplement fait les malins sur le fait que cette vidéo devait être à destination des vieux de l’EHPAD des Lilas de Jarny, Meurthe-et-Moselle.


Pendant la deuxième série, les chats ont dressé une oreille, se sont étirés puis ont quitté la pièce en nous lançant un regard empli de dédain, en quête d’un endroit plus calme où aller pioncer en boule.


Pendant la troisième série, j’ai demandé à David en essayant de ne pas paraître essoufflée : « on avait dit qu’on en faisait combien déjà des répétitions ? »


Pendant la quatrième série, David a enlevé son jogging en me disant « j’ai trop chaud aux jambes ».


Pendant la cinquième série, David a enlevé son T-Shirt, s’est retrouvé en boxer au milieu du salon et a soufflé en me disant « Non mais sérieux, il fait vraiment chaud ou c’est moi ? »


Pendant la sixième série, j’ai pensé aux chats et j’ai eu envie de faire comme eux. Pioncer en boule au calme me semblant alors la meilleure option.


Pendant la septième série, le voisin du dessous est monté nous demander si on avait besoin d’aide pour notre déménagement, les meubles ayant l’air lourds.


Quand je suis retournée dans le salon après avoir expliqué au voisin que « non merci, vraiment, c’est très aimable mais nous n’avons fait tomber aucune armoire normande sur le sol, nous testons juste une séance de cardio-training sur Youtube », que j’ai levé les yeux et eu cette vision de David en boxer au milieu du salon, ses deux bracelets-poids bien sanglés aux poignets, le front en sueur en train de renforcer la musculature de son fessier appuyé sur le dossier d’une chaise, à ce moment précis, j’ai su que les alertes de l’OMS sur la dégradation de la santé mentale des français étaient à prendre très au sérieux…


Je vous laisse, je file à Décath m’acheter un justaucorps pour la prochaine séance. C’est vrai qu’il fait chaud dans ce gymnase !

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