• Julie FRIOT

Madeleine et photos

Si j’avais lu « A la recherche du temps perdu », je pourrai sans doute dire que ce lieu est ma madeleine de Proust.


Bon, je ne l’ai pas lu. Mon truc c’est plutôt les polars, pas trop la littérature classique.


Mais tout le monde a la référence même sans s’être farci les 7 tomes de l’œuvre proustienne donc allons-y pour la madeleine.


La plage des Sablettes. Commune de la Seyne-sur-Mer. Département du Var.


Je ne sais pas ce que je ressentirais si je m’y rendais aujourd’hui pour la première fois.


Longue plage de sable fin, en forme de croissant.

Bordée d’un côté par la presqu’île de Saint-Mandrier et de l’autre par le massif du Cap Sicié qui se jette loin dans la mer et derrière lequel vient se coucher le soleil.

Une ligne d’horizon au cordeau juste perturbée par la silhouette emblématique des deux frères, ces deux gros rochers en forme de pyramides.



Comme ça, ça a l’air paradisiaque mais pour être tout à fait honnête, il faut ajouter à ce tableau une architecture sans charme des années 50, un bar-karaoké à la décoration et à la playlist démodées, et selon les heures et les saisons, une forte odeur de churros, des hordes de touristes à la peau blanche ou rouge selon leur date d’arrivée et des tas de posidonies mortes échouées sur le rivage.


Pour moi, peu importe qualités ou défauts, c’est juste la plage de mon enfance.


Celle des pique-niques en famille les soirs d’été pour profiter du coucher du soleil et de la fraîcheur, bienvenue après la chaleur de la journée.


Celle des sandwichs qui craquent sous les dents, les soirs de ces fameux pique-niques, parce que va faire un pique-nique sur une plage de sable sans en avoir partout, toi !


Celle des concours de plongeon dans les vagues avec les cousins, les jours de vents.


Celle de ma seule et unique tentative d’apprentissage de la planche à voile avec mon grand cousin aguerri à cette pratique, dont la planche filait déjà au loin tandis que je tentais toujours de hisser mes bourrelets ventraux sur la planche, râpant toute ma peau fragile au passage et finissant pleine de plaques rouges au bout de 20 minutes à peine.


Celle où tu apprends, enfant, au dépend de tes voisins de plage à secouer ta serviette avant de la ranger dans le panier (ou avant qu’un mécontent vienne te la faire manger ta p... de serviette !, hargneux de s’être ramassé tout le sable dans la gueule parce que tu n’as pas songé à prendre en compte le sens du vent).


Celle ou tu t’acharnes à faire des allers/retours entre l’eau et ta serviette pour avoir les pieds bien nets et sans un seul grain de sable avant de remettre tes chaussures (oui j’ai pu, à une époque, avoir une légère tendance obsessionnelle), refusant de reconnaître ta défaite jusqu’au moment où tes parents, excédés, te foutent tes baskets aux pieds même si tu pleures parce que c’est désagréable.


Celle dont tu repars toujours avec le regard d’un lapin au dernier stade de la myxomatose d’avoir trop voulu nager sous l’eau les yeux ouvert, et la peau d’un lépreux de t’être trop longtemps baigné dans l’eau salée et d'avoir passé trop d'heures sous le soleil brûlant à faire des constructions dans le sable pour les piétiner aussitôt.


Voilà, cette plage, c’est ma madeleine, une madeleine qui croque sous les dents à cause du sable, une madeleine dont désormais je ne repars pas sans une photo tellement il y a de vie et de moments suspendus à observer, été comme hiver.


Je vous livre ici, mes dernières miettes (photographiques) de madeleine avant d’y retourner dès que possible pour un prochain quatre-heures.


Photos à retrouver dans :

Street collection (https://www.mesaventuresordinaires.com/streets)

et Surfers collection (https://www.mesaventuresordinaires.com/surfers)






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